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“Balance ton quoi” : Angèle casse les codes

Depuis l’affaire Weinstein en 2017, le hashtag #BalanceTonPorc a ouvert la voie de la dénonciation dans les médias. Il dénonce les agressions sexuelles perpétrées par le producteur américain dont ont été victimes des dizaines de femmes.  Désormais, le hashtag #BalanceTon est utilisé sur les réseaux sociaux pour rapporter des faits de harcèlements, d’agressions sexuelles ou de comportements sexistes et misogynes. On y voit ici la libération de la parole de victimes qui osent enfin témoigner contre leur agresseur à visage découvert. Pour autant, un nouveau phénomène a fait son apparition : la dénonciation moralisatrice entraînant souvent une certaine “haine de l’homme” selon l’actrice Laetitia Casta dans une interview du journal Corse Matin (11/01/18). Cette haine peut être qualifiée de misandrie, qui selon le Larousse est le fait d’éprouver du “mépris, voire de la haine, pour le sexe masculin”. Ce hashtag favoriserait donc l’indignation plutôt que la communication. Ainsi, pour certains médias, comme Le Canard enchaîné, ce phénomène a plutôt une logique de vengeance qui a ses limites judiciaires : diffamation et non-respect de la présomption d’innocence. 

Par ailleurs, il est important de souligner que les comportements sexistes ne proviennent pas que de la gente masculine comme nous pourrions le croire. Une majorité de femmes que nous n’oserions soupçonner de prime abord adoptent des comportements sexistes et misogynes envers leurs semblables. Et lorsque cela arrive, la violence semble décuplée et l’injustice plus grande. En témoigne ce fait divers en Italie : une jeune femme victime d’une agression sexuelle a vu ses agresseurs acquittés sous prétexte qu’elle était “trop laide” et “trop masculine” pour être violée ! Les deux hommes, qui avaient été reconnus coupables en première instance en raison de plusieurs preuves les accablant, avaient décidé de faire appel et l’acquittement a été prononcé en seconde instance. Cerise sur le gâteau : ce sont trois magistrates qui ont prononcée le jugement. Et si on lançait le #BalanceTa ?

C’est dans ce sens que la chanson “Balance ton quoi” d’Angèle est construite. Elle vise à ouvrir le champ des possibles dans la réconciliation entre les sexes et faire cesser cette haine mutuelle à laquelle on assiste de partout. Angèle utilise comme médiateur une “Anti Sexism Academy” : une sorte de thérapie longue durée visant à “guérir” Hommes et Femmes de leurs comportements sexistes ; misandriques tout autant que misogynes. C’est pour cette raison qu’Angèle a d’ailleurs fait le choix de ne pas appeler sa chanson “Balance ton porc” mais plutôt “Balance ton quoi” : “J’avais envie d’en parler mais je ne voulais pas chanter #balancetonporc, je ne voulais pas m’approprier ce mot très fort” explique la chanteuse à Pure Charts (10/10/18). Elle dénonce ces comportements en incarnant à tour de rôle juge, avocate mais aussi accusée.

Crédit : Angèle - Balance Ton Quoi [CLIP OFFICIEL]
Crédit : Angèle - Balance Ton Quoi [CLIP OFFICIEL]

Angèle ne manque pas également de dénoncer les diktats de la société et s’incarne comme une femme qui assume son corps à part entière. On la voit aussi “assumer” ses poils sous les bras, qui dans notre société superficielle et machiste n’accepte pas le “laisser-aller” des femmes. Derrière un clip à l’apparence fun et aux couleurs douces se cache en fait une vérité crue dans les paroles de la chanteuse :

“LES GENS ME DISENT À DEMI-MOT 
POUR UNE FILLE BELLE T’ES PAS SI BÊTE 
POUR UNE FILLE DRÔLE T’ES PAS SI LAIDE” ​

“Balance ton” est alors devenu un terme presque généralisé, il est même employé pour dénoncer des faits qui n’ont rien à voir avec les agressions sexuelles et comportements misogynes. On retrouve alors des #BalanceTonMaire pour dénoncer la taxe d’habitation, des #BalanceTonYoutubeur pour dénoncer les harcèlements de certains, ou des #BalanceTonEntreprise où il est désormais possible de dénoncer, contre de l’argent, les entreprises qui utilisent des logiciels piratés. Un site a même été mis à disposition : https://reporting-emea.bsa.org. Il suffit d’y indiquer les coordonnées de l’entreprise en faute.

Tout cela pour dire que les termes “Balance ton” ont un poids et une force sur les réseaux sociaux et dans les médias. Il suffit de lier un “Balance ton” à une cause à défendre pour trouver une communauté qui serait prête à la soutenir. Chaque fait et geste est analysé et dénoncé sur les réseaux sociaux. On peut se poser la question de la limite de la dénonciation de son prochain mais aussi de la morale. Cela n’est pas sans rappeler un moment de l’Histoire où dénoncer était une question de survie…

Alors peut-être que le temps serait venu de se poser la question du poids des mots et de la légitimité de s’approprier “Balance ton” pour des causes loin des revendications féministes.

Sources : Libération, Chartsinfrance, Le Parisien, Corse Matin, La Voix du Nord.

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