Quels sont les impacts de la crise actuelle sur l’industrie du cinéma ?
ACTUS

Quels sont les impacts de la crise actuelle sur l’industrie du cinéma ?

Samedi 14 mars, le discours d’Edouard Philippe, annonçant la fermeture des restaurants et des lieux recevant du public fait l’effet d’une bombe. Le passage au stade 3 de la pandémie provoque la fermeture quasi instantanée des cinémas. Cette industrie déjà malmenée par l’avènement des plateformes de streaming et étant dans un contexte de baisse de fréquentation reçoit cette nouvelle comme un coup de massue. Cette fermeture pressentie, n’a pas empêché certains distributeurs de sortir leurs films et de limiter les pertes financières liées aux frais de promotion déjà engagées.

Comment l’industrie cinématographique française vit cette crise ?

C’est le 5 mars que les Français apprennent avec stupeur le report de la sortie du prochain James Bond, ce film particulièrement attendu par les fans de la saga ne sortira pas avant plusieurs mois. À l’instar de James Bond, plusieurs autres blockbusters ont également vu leur sortie reportée comme par exemple Mulan ou encore Fast and Furious qui seront disponibles en salle au second trimestre de l’année 2020.

Mais la crise ne s’arrête pas à de simples reports. Les salles de cinéma se voient dans l’obligation de suspendre leurs abonnements. A ce titre UGC et Pathé-Gaumont ont décidé de suspendre leurs abonnements mensuels jusqu’à nouvel ordre. Quant aux prélèvements déjà effectués pas d’inquiétude ! L’abonnement sera prolongé.

On notera toutefois que certains ont réussi à rebondir avant l’arrivée de la crise, c’est le cas notamment du film Corona du réalisateur canadien Mostafa Keshvari, qui a réussi l’exploit de monter un thriller sur cette pandémie. Mettant en scène un groupe de personne bloqué dans un ascenseur avec le virus circulant à l’intérieur – frissons et grosse ambiance au programme !

N’oublions pas qu’autour de ces annonces clés, c’est l’ensemble d’une industrie, des monteurs aux acteurs qui se retrouvent face à une inconnue, la durée de cet arrêt et les conséquences pour la suite. Le public aura-t-il l’envie de retourner dans les salles obscures après le confinement ?  

INTERVIEW

Pour vivre cette crise de l’intérieur, nous avons interviewé Diego et Thibaut, gérants de la société de distribution Outplay. 

L’équipe d’Outplay Films : Valentine Marchais, Thibaut Fougères, Emilia Da Silva, et Diego Carazo-Migerel. 

Pouvez-vous vous présenter et expliquer l’activité d’Outplay en temps normal ?

“Je suis Thibaut Fougères, directeur de la société Outplay que j’ai fondée il y a 11 ans. Outplay est une société de distribution de films LGBT. Notre activité principale est de sortir les films dans les salles de cinéma Français. Notre mission est de créer une valeur ajoutée autour d’un film existant, nous ne sommes pas producteurs, nous ne créons pas le film. Nous achetons les droits d’un film pour pouvoir le proposer dans les cinémas. De plus, nous créons tout ce qui va autour du film, cela va de la création de l’affiche, la création du titre, la création d’une bande annonce, le contact avec les journalistes jusqu’à l’aspect commercial en lien avec chaque salle de cinéma pour présenter et proposer le film. En bref, nous mettons en place toute la communication et le marketing des films pour lesquels nous achetons les droits. Ceci est notre cœur de métier. Ensuite, nous avons des activités supplémentaires comme l’édition en DVD (création de la jaquette, des bonus, fabrication, commercialisation en direct avec les magasins…). Depuis quelques années, nous sommes également présents sur le marché de la VOD, vidéo on demand, où nous avons notre propre site.”   

“Je suis Diego Carazo-Migerel, je m’occupe des ventes internationales et des acquisitions au sein d’Outplay. Pour résumer, avant d’arriver en France, un film doit faire le tour de certains festivals. Le rôle du vendeur international est justement de trouver la meilleure stratégie possible pour que le film soit montré dans tel ou tel festival. À savoir que le meilleur qu’on puisse avoir dans le monde pour faire la promotion d’un film reste le Festival de Cannes. Les festivals vont permettre de trouver des distributeurs étrangers afin qu’ils achètent les droits du film et fassent la même chose que ce que nous faisons en France : développer la communication et le marketing du film.” 

Comment avez-vous reçu l’information ? Avez-vous pu anticiper un peu la crise ?

“Nous n’avons pas vraiment pu anticiper cette crise… Nous étions censés sortir le film “Madame” en salle le 18 mars, soit le lendemain du confinement.  

Une semaine avant la fermeture des cinémas, le réalisateur était déjà à Paris, puisque nous avions prévu la tournée d’avant-premières depuis plusieurs mois. Malheureusement, heure par heure les avant-premières s’annulent par manque d’inscription dû à l’anxiété générale de la population. Nous étions dépités, car la sortie d’un film représente 4 à 6 mois de travail en amont et de lourds investissements financiers en termes de communication. Nous nous posons alors la question de maintenir ou non la sortie de ce film ?  

Puis le gouvernement annonce l’interdiction des rassemblements de plus de 100 personnes et enfin la fermeture des cinémas.  

Donc non, nous n’avons pas pu anticiper le confinement, mais nous avons senti le vent venir 3-4 jours avant la fermeture des salles.” 

Qu’est-ce que la crise engendre pour l’activité d’Outplay pendant le confinement ?

“Étant donné qu’actuellement les cinémas sont fermés, il n’y a plus d’activité liée à la distribution des films en salle. Notre activité d’édition de DVD est également à l’arrêt puisque les magasins culturels sont fermés et notre boutique de vente en ligne également. Notre activité est à 90% arrêtée, notre seule opportunité pour continuer reste la VOD. Nous travaillons actuellement sur la mise à jour de notre plateforme de VOD afin de la lancer de façon officielle. Cette plateforme nous permet de garder un lien avec notre public et de faire rentrer un minimum de chiffre d’affaires afin de subvenir à nos charges fixes.  

Le fait d’être confinés nous permet également de regarder des films que nous pourrons peut-être distribuer dans 6 mois ou 1 an. Notre activité se transforme d’une façon différente, même si cela ne permet pas de faire rentrer de l’argent tout de suite, nous travaillons pour le long terme.”  

Selon vous, quels seront les conséquences de ce confinement sur les mois ou les années à venir ? 

“Même en période de guerre, les cinémas n’ont jamais fermé, ce que nous sommes en train de vivre est sans précédent et va donc avoir des répercussions pour au moins les 2-3 ans à venir. Les cinémas lors de leurs réouvertures vont avoir besoin d’argent. Ils vont certainement choisir des films grand public pour attirer un maximum de personnes, au détriment des petites productions. En temps normal, il y a plus de films qui sortent que d’écrans disponibles dans les cinémas. À la réouverture des salles, ce phénomène va être amplifié puisque pendant plusieurs mois les sorties auront été reportées. Par exemple, notre film “Madame” était censé passer au Lux à Caen, mais est-ce que le Lux aura la place et les moyens financiers de pouvoir programmer un tel film ? Est-ce que le public sera prêt à revenir rapidement au cinéma ? Il faut également partir du principe que chaque semaine entre 20 et 22 films sortent habituellement, le confinement va donc reporter 150 voire 200 films entre le mois de juin et le mois de décembre 2020. Cela va donc augmenter les barrières à l’entrée pour les distributeurs indépendants, ayant déjà du mal à trouver de la place sur les écrans auparavant. Cela risque de pousser énormément d’indépendants à mettre la clé sous la porte. Nous espérons donc qu’il y aura une solidarité entre les distributeurs et les exploitants.  

Les grands distributeurs eux ont fait le choix de reculer la sortie de leurs blockbusters à avril 2021, afin d’être dans les meilleurs conditions. Ce décalage pourrait donc avoir l’effet inverse et booster les petites productions en laissant plus de place à la réouverture. Nous attendons également une décision du CNC, comme peut être limiter le nombre de sorties par distributeur. La question est donc : à quand décaler la programmation de nos films ?” 

Avez-vous des solutions pour assurer une bonne reprise de votre activité après cette crise ?

“Gagner au loto ! 

Malheureusement nous ne sommes pas maîtres de notre destin, tant que les cinémas n’auront pas réouverts nous ne pouvons mettre aucune solution en place. Notre unique stratégie va donc être de se focaliser sur la VOD qui permet de générer un chiffre d’affaires aidant à stabiliser la situation. Nous allons également revoir les films que nous avions prévus de sortir en salle à la fin de l’année. On nous demande souvent pourquoi ne pas sortir “Madame” directement en VOD, mais le problème est que chaque film à son support de prédilection et “Madame” est vraiment fait pour le cinéma, en VOD le public ciblé n’accrochera pas.  

En termes de solution nous allons donc devoir redoubler d’efforts et certainement faire des choix différents. Toute la profession va peut-être devoir faire une offre plus lisse avec des choix moins risqués.” 

Nous remercions Diego et Thibaut de la société Outplay d’avoir accepté de répondre à nos questions. Retrouvez la plateforme VOD d’Outplay

La plateforme outplay

👉 http://outplayvod.fr/?fbclid=IwAR0ZJow7GrZGx8adSgzMY7UXt5XUyURh_1zh50fM-Z07gcDYaYT6Jv1jrfY

Découvrez nos astuces pour satisfaire les cinéphiles à domicile :

Les films en VOD

Si vous ne pouvez pas vous rendre au cinéma, le cinéma viendra à vous ! C’est le pari des différents programmes VOD initiés par les cinémas. À l’instar de Canal VOD, certains sites tels que la-toile-vod.com permettent de regarder la sélection du cinéma de votre choix.  

Bon plan : Certains films sont proposés gratuitement ! 

Netflix

Bien que Netflix ait réduit son débit dans toute l’Europe pour offrir une meilleure connexion aux professionnels et étudiants en télétravail, la plateforme de vidéo voit pourtant son nombre d’heure de visionnage exploser. Et pour cause, son offre de films et de séries continue de s’agrandir malgré le confinement. 

Disney +

Autre plateforme de streaming, Disney + est enfin sortie le 7 avril, après un report de 2 semaines à la demande du Ministre de l’Économie. Nouveau concurrent de Netflix la plateforme rassemble exclusivement les films, séries et documentaires Disney, Pixar, Marvel, Star Wars et National Geographic. 

Bon plan : 7 jours d’abonnement gratuits  

Festival de cinéma

Déterminés à réunir la communauté cinématographique malgré les circonstances, différents festivals auront bien lieu, en ligne ! Que cela soit par la réalité virtuelle comme le Festival du film de Tribeca ou par YouTube et ses réseaux sociaux à l’instar du Kino Caen (qui s’est déroulé aux dates prévues) les spectateurs pourront tout de même assister à ces événements. 

Au-delà du cinéma, la télévision est également impactée. En effet, certains programmes quotidiens sont supprimés, d’anciennes émissions repassent… Pour continuer de promettre de la nouveauté aux téléspectateurs, mais également s’adapter au confinement qui restreint le travail de montage, des programmes tels que Top Chef vont proposer des épisodes plus courts, mais en plus grands nombres.  

Enfin, de nouvelles initiatives en direct se mettent en place, permettant ainsi de fédérer les Français en les faisant participer à l’émission. Ces dernières semaines, tout le monde a entendu parler de la nouvelle émission de Cyril Lignac. Tous les soirs de la semaine, à 18h45, Cyril Lignac anime “Tous en cuisine” sur M6, émission dans laquelle il propose aux téléspectateurs de cuisiner ses recettes en même temps que lui. Accompagné d’animateurs de la chaîne et de personnalités, c’est la bonne humeur qui prime. Cette expérience inédite et interactive permet aux Français de se divertir alors qu’ils sont, comme Cyril, confinés chez eux. 

En conclusion, nous vivons une situation inédite dont il n’est pas encore possible de mesurer les impacts. Toutefois, le 2 avril dernier le CNC a annoncé des mesures de soutien à l’industrie du cinéma afin de limiter les dégâts. Enfin le 10 avril, des cinémas comme le café des images, mettaient en ligne des projections pour le bonheur des cinéphiles. 

Nous constatons donc avec plaisir, que cette industrie de divertissement peut continuer à vivre grâce à la créativité et aux efforts de chacun. 

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Sources

https://www.rtl.fr/culture/cine-series/coronavirus-apres-james-bond-quels-sont-les-autres-films-impactes-a-hollywood-7800212794 

https://www.la-croix.com/Culture/Cinema/Coronavirus-toute-industrie-cinema-larret-2020-03-17-1201084576 

https://www.la-croix.com/Culture/Cinema/Coronavirus-retour-gagnant-cinema-television-2020-04-05-1201087938 

https://www.la-croix.com/Culture/Cinema/Confinement-31-films-sortis-recemment-cinema-vont-etre-disponibles-VOD-2020-04-02-1201087540 

https://www.lefigaro.fr/cinema/corona-le-premier-film-sur-la-pandemie-est-deja-de-sortie-20200401 

https://www.cnc.fr/professionnels/actualites/le-cnc-adopte-de-nouvelles-mesures-durgence-afin-de-permettre-aux-auteurs-aux-entreprises-et-au-public-du-cinema-et-de-laudiovisuel-de-faire-face-a-la-crise-sanitaire_1145808 

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© Sophie Diaz & Elutéria Loison

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