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Siri, Alexa et Google home sont-ils, malgré eux, un vecteur du sexisme ?

Qui a dit que seul l’être humain pouvait tenir des propos sexistes ? Depuis plusieurs mois, de nombreux rapports démontrent que les commandes vocales ont un fonctionnement basé sur des idées sexistes. Explications :

La voix de femme : compassion et sociabilité

Lorsque l’on se renseigne sur les commandes vocales, force est de constater que les voix les plus utilisées sont féminines.
La première raison, selon laquelle la voix d’une femme est utilisée par les assistants vocaux, est qu’elle est préférée pour ce qu’elle transmet. Une étude menée en 1997 par Clifford Nass – professeur de communication, co-créateur de la théorie de l’équation des médias et reconnu pour ses travaux menés sur l’interaction homme-machine – a démontré que l’être humain apprécie davantage la voix masculine lorsque celle-ci transmet des ordres et fait preuve d’autorité. Tandis qu’il préfère la voix féminine lorsqu’il s’agit de faire preuve de compassion et sociabilité. Un préjugé sexiste qui s’explique principalement par le fait qu’il se transmet de génération en génération et selon lequel les femmes ont des postes professionnels secondaires et d’aidantes alors que les hommes ont des postes de pouvoir.

La voix féminine : une préférence affirmée par les développeurs

« Les assistants vocaux sont développés par un groupe homogène de développeurs plutôt blancs et hétérosexuels qui ne voient pas de problème à choisir des voix féminines parce que c’est tout simplement cela qu’ils ont envie d’entendre ».  C’est la deuxième raison pour laquelle une voix féminine est utilisée pour développer un assistant vocal, selon Isabelle Collet – informaticienne, romancière et chercheuse à l’université de Genève dont les travaux s’intéressent au genre et aux discriminations envers les femmes dans l’informatique et les sciences.

Quelle solution pour éradiquer les stéréotypes sexistes des assistants vocaux ?

Pour réduire et éradiquer les stéréotypes sexistes des assistants vocaux, une seule et unique mesure et possible : proposer une voix asexuée, à laquelle aucun sexe précis ne peut être attribué et exigé. Le but ? Ne plus s’appuyer sur ce qu’apprécient les développeurs mais sur ce qui serait apprécié pour tous.

Le cas de « Q », l’assistant vocal asexué

Face à ces controverses, le studio danois « Virtue » a mis en place le premier assistant vocal asexué nommé « Q ». Sa voix a été construite sur la base de 22 enregistrements de voix de personnes transgenres et non-binaires.

Elle a ensuite été testée auprès d’environ 1 500 personnes afin d’être ajustée au mieux. Le niveau du ton et sa fréquence sont également ajustés en temps réel afin que le résultat soit le plus neutre possible avec tantôt une voix plus féminine lorsque son intonation est plus haute que la moyenne et tantôt une voix plus masculine lorsque l’intonation est plus basse que la moyenne.

Une alternative crédible aux yeux des utilisateurs d’assistants vocaux qui permet de casser les stéréotypes sexistes qui persistent depuis de nombreuses années et de faire un pas en avant dans la tolérance envers le 3ème sexe.

Mots clés : Siri, Alexa, Google home, commandes vocales, assistants vocaux, voix asséxués, stéréotypes sexisme, voix féminine,

Auteures : Héloïse Lehérissier, Fanny Estrade

Siri, Alexa et Google home sont-ils, malgré eux, un vecteur du sexisme ?
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